Repères biographiques
Né à Fontaine-Daniel en 1833, Gustave est français par son père et anglais par sa mère. Enfant turbulent et papillon, il découvre la rigueur à 8 ans en pension à Caen. Il sort de l'école Centrale en 1854 accompagné d'un diplôme et, en dépit de sa confession protestante, du surnom "Saint-Denis".
Après une première expérience comme ingénieur dans une entreprise textile d'Amilly dans le Loiret, il revient à Fontaine-Daniel en 1858 et succède à son père, directeur. Quatre ans plus tard, il rachète l'entreprise à sa tante, Madame Horem, épouse du fondateur.
Sa propre femme, Eugénie Merle d'Aubigné, mettra au monde huit enfants dont sept survivront et deux, Paul et Georges, dirigeront la société après leur père. Un de ses beaux-frères, Charles Waddington, professeur de philosophie à la Sorbonne et académicien, incitera de nombreuses personnalités à venir admirer la précocité de l'école de Fontaine-Daniel, fondée en 1833 par Madame Horem et reconstruite sous l'égide de Gustave en 1862.
Gustave s'éteint à 92 ans dans le village mayennais où il a déroulé sa vie.
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Les idées sociales et leur application
Il apparaît rapidement à ceux qui travaillent autour de lui que Gustave ne recherche pas l'enrichissement personnel. La prospérité de Fontaine- Daniel est ce qui nourrit sa volonté. Pour Gustave, cette prospérité doit être mentale et matérielle. Les habitants du lieu doivent avoir la possibilité de trouver l'équilibre. Pour compenser avec les durs travaux à l'usine, il engage d'importants travaux d'assainissement des habitations, encourage les activités culturelles - théâtre, bibliothèque...- et vient en aide à ceux qui ont recours à son écoute et ses conseils.
Le véritable "instrument de progrès, de force morale", selon ses mots propres, sera l'Ecole. Madame Horem, sa tante anglaise, l'a fondée. Il la développe en lui conférant plus de moyens. Plusieurs décennies avant les lois Jules Ferry de 1882, l'Ecole de Fontaine-Daniel est laïque et gratuite.
Parallèlement, Gustave est à la Chambre de Commerce le porte-parole de la Mayenne sur les questions du travail des enfants. Il s'insurge contre le dirigisme simpliste des législateurs qui veulent faire rentrer toutes les entreprises dans les mêmes moules, contre le sentimentalisme de ceux que le travail des enfants scandalise à priori, et contre les patrons qui ne veillent pas à réserver aux enfants des tâches à leur portée. Il plaide pour la scolarité obligatoire de tous les enfants de moins de treize ans, pour la recherche d'un équilibre individuel pour chaque enfant entre durée de travail et durée sur les bancs et pour le droit aux familles de faire travailler leurs aînés dès 10 ans en vue d' augmenter leurs revenus. Il écrit qu'un enfant qui exerce un travail adapté développe tôt une dextérité qui lui permettra de devenir un ouvrier qualifié et que ce travail évite chez l'enfant l'oisiveté et le vagabondage.
Contrairement à celles de la majorité de ses contemporains qui s'intéressent à la question des communautés sociales, tels Fourier, Considérant, Proudhon ou Bergès, les idées de Gustave sont matinées de christianisme. Cet esprit chrétien, hérité notamment de sa mère, lui sert non pas à légitimer les hiérarchies sociales qui découleraient d'un hypothétique ordre divin mais à établir entre elles de solides ponts de solidarité, tout en affirmant la singularité spirituelle de l'individu.