Gustave Denis (1833-1925)

Chef d'entreprise et pionnier dans la pensée sociale en France au XIXème siècle.

Repères biographiques

Né à Fontaine-Daniel en 1833, Gustave est français par son père et anglais par sa mère. Enfant turbulent et papillon, il découvre la rigueur à 8 ans en pension à Caen. Il sort de l'école Centrale en 1854 accompagné d'un diplôme et, en dépit de sa confession protestante, du surnom "Saint-Denis".

Après une première expérience comme ingénieur dans une entreprise textile d'Amilly dans le Loiret, il revient à Fontaine-Daniel en 1858 et succède à son père, directeur. Quatre ans plus tard, il rachète l'entreprise à sa tante, Madame Horem, épouse du fondateur.

Sa propre femme, Eugénie Merle d'Aubigné, mettra au monde huit enfants dont sept survivront et deux, Paul et Georges, dirigeront la société après leur père. Un de ses beaux-frères, Charles Waddington, professeur de philosophie à la Sorbonne et académicien, incitera de nombreuses personnalités à venir admirer la précocité de l'école de Fontaine-Daniel, fondée en 1833 par Madame Horem et reconstruite sous l'égide de Gustave en 1862.

Gustave s'éteint à 92 ans dans le village mayennais où il a déroulé sa vie.

Gustave Denis

Travaux

Les réalisations de Gustave sont intervenues à différentes échelles. Dans l'entreprise textile familiale, il est sur tous les fronts. Il dessine de nombreuses machines dont certaines seront brevetées, cherche les débouchés et les matières premières en France et en Angleterre, calcule les prix de revient et veille au bon fonctionnement des équipes de travail.

Sur le plan départemental, Gustave sera président du Conseil Général de la Mayenne pendant plus de trente ans, président de la Chambre de Commerce de Laval de 1871 à 1910. Il s'y illustrera notamment par ses travaux sur le travail des enfants et le travail de nuit. Il prendra nettement position contre ce dernier.

A l'échelle nationale, Gustave siègera au Sénat pendant 23 ans, sur une période de 46 ans (entre 1879, année de sa première élection et 1925, année de sa mort). Il en sera le doyen les 5 dernières années de sa vie. Dans cette assemblée, il établira sa notoriété par ses travaux sur les questions ouvrières, agricoles, douanières et sur la question du blé.

Les idées sociales et leur application

Il apparaît rapidement à ceux qui travaillent autour de lui que Gustave ne recherche pas l'enrichissement personnel. La prospérité de Fontaine- Daniel est ce qui nourrit sa volonté. Pour Gustave, cette prospérité doit être mentale et matérielle. Les habitants du lieu doivent avoir la possibilité de trouver l'équilibre. Pour compenser avec les durs travaux à l'usine, il engage d'importants travaux d'assainissement des habitations, encourage les activités culturelles - théâtre, bibliothèque...- et vient en aide à ceux qui ont recours à son écoute et ses conseils.

Le véritable "instrument de progrès, de force morale", selon ses mots propres, sera l'Ecole. Madame Horem, sa tante anglaise, l'a fondée. Il la développe en lui conférant plus de moyens. Plusieurs décennies avant les lois Jules Ferry de 1882, l'Ecole de Fontaine-Daniel est laïque et gratuite.

Parallèlement, Gustave est à la Chambre de Commerce le porte-parole de la Mayenne sur les questions du travail des enfants. Il s'insurge contre le dirigisme simpliste des législateurs qui veulent faire rentrer toutes les entreprises dans les mêmes moules, contre le sentimentalisme de ceux que le travail des enfants scandalise à priori, et contre les patrons qui ne veillent pas à réserver aux enfants des tâches à leur portée. Il plaide pour la scolarité obligatoire de tous les enfants de moins de treize ans, pour la recherche d'un équilibre individuel pour chaque enfant entre durée de travail et durée sur les bancs et pour le droit aux familles de faire travailler leurs aînés dès 10 ans en vue d' augmenter leurs revenus. Il écrit qu'un enfant qui exerce un travail adapté développe tôt une dextérité qui lui permettra de devenir un ouvrier qualifié et que ce travail évite chez l'enfant l'oisiveté et le vagabondage.

Contrairement à celles de la majorité de ses contemporains qui s'intéressent à la question des communautés sociales, tels Fourier, Considérant, Proudhon ou Bergès, les idées de Gustave sont matinées de christianisme. Cet esprit chrétien, hérité notamment de sa mère, lui sert non pas à légitimer les hiérarchies sociales qui découleraient d'un hypothétique ordre divin mais à établir entre elles de solides ponts de solidarité, tout en affirmant la singularité spirituelle de l'individu.

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