L'histoire de Toiles de Mayenne

Un lieu, des femmes et des hommes

Fontaine-Daniel, berceau de "Toiles de Mayenne", est une clairière du bois de Salert, à quatre kilomètres de Mayenne, où se sont installés en 1205 des moines cisterciens venus de l'abbaye de Clairmont située aux portes de Laval.


 Fontaine-Daniel
Vue aérienne de Fontaine-Daniel (© Bertrand Bouflet Reporter)
et gravure de l'abbaye cistercienne en 1695



L'Anvore, ruisseau traversant la vallée, faisait tourner le moulin monastique et alimentait en eau l'étang nécessaire à la fourniture des poissons des jours "maigres".

Les siècles sont passés sur les bâtiments édifiés pour la prière, le travail et la vie communautaire. Ceux qui existent encore témoignent de la rigoureuse beauté qui a présidé à leur construction.

Vendue comme bien national en 1791, l'abbaye est acquise en juillet 1806 par un entrepreneur parisien, Jean-Pierre Horem, qui y installe une filature, hors de la capitale, trop coûteuse en main d'oeuvre et en taxes. C'est là l'origine d'un établissement industriel qui a fêté il y a peu de temps son bicentenaire.

Découvrir Fontaine-Daniel aujourd'hui, au coeur de la forêt, c'est être frappé par l'harmonie de ce village né de l'industrie textile et peuplé de 220 habitants.

Tout ici a été voulu pour que les liens qui unissent l'homme à la terre où il s'enracine ne soient pas rompus. Les maisons individuelles et les immeubles conçus par certains des dirigeants de l'entreprise depuis l'origine jusqu'en 1975 pour les plus récents, ont tous leurs jardins ouvriers et les rues n'ont d'autres noms que celui des fleurs ou des animaux qui peuplent les frondaisons.

La pierre des logements, édifiés au fil des décennies par les corps de métiers de l'entreprise, répond à celle des bâtiments multiséculaires. La Chapelle Saint Michel, au-dessus de l'étang, parmi les arbres, a été édifiée en 1939 avec du granit extrait sur place. L'intérieur surprend par son évocation du style architectural cistercien.

 Chapelle Saint Michel
Chapelle Saint Michel

Maisons du village
Maisons du village

Cette urbanisation raisonnée, respectueuse de l'harmonie de l'homme avec son environnement naturel témoigne de la pérennité des préoccupations des dirigeants successifs de l'entreprise, tous issus de la même famille.

Ils ont choisi la fidélité à des orientations fondamentales parmi lesquelles on peut citer celles:

  • de procurer à leurs employés, à proximité de leur lieu de travail, des logements décents (d'abord collectifs puis sous forme de maisons individuelles).
  • d'ouvrir en 1833 une école laïque et gratuite (bien avant les lois de Jules Ferry de 1882), une salle des fêtes et une bibliothèque.
  • de réinvestir dans l'entreprise ses propres résultats.

Ils ont été en cela à l'unisson d'employés conscients de la qualité de leur travail tout autant que de leur cadre de vie et attachés à assurer la continuité de l'un et de l'autre.

Depuis sept générations, la famille Denis, et également celles de nombreux ouvriers, ont travaillé et vécu ensemble dans ce lieu, au coeur du monde.

Cette entreprise, à l'image de ses tissus, résiste au temps. Depuis l'année 1806 où est installée la première filature, employant six ans plus tard 760 ouvriers filateurs et tisserands à la main, jusqu'à aujourd'hui où l'entreprise compte 151 employés exerçant 75 métiers différents, son histoire témoigne de son adaptation constante à travers les crises économiques et trois guerres.

La nécessaire adaptation technique a toujours été la préoccupation de ses dirigeants, ingénieurs diplômés de l'Ecole Centrale pour la plupart.

 Mécaniciens près de la turbine vapeur en 1927
Mécaniciens posant à côté de la turbine vapeur en 1927

Depuis 1894 ce bâtiment abrite l'atelier de tissage
Edifié en 1894, ce bâtiment avec ses toits en sheds
abrite toujours l'atelier de tissage

Gustave, succédant en 1858 à Martin, fondateur de la dynastie, dessine lui-même les machines de son usine, les bâtiments suscités par son besoin d'agrandissement, et les logements de ses ouvriers. Il rouvre l'école créée en 1833 et met en place pour ses employés un système de protection sociale. Jean, son petit-fils, continuera son oeuvre de bâtisseur en concevant lui-même une bonne part des maisons individuelles de Fontaine-Daniel, qu'il veut toutes différentes pour refléter la personnalité unique de chaque occupant.

En 1901, l'usine qui ne fabriquait que du tissu écru, se met à teindre le fil pour les chemises et les doublures de vêtements. Lorsqu'en 1911 elle s'oriente vers la teinturerie et les apprêts, elle emploie 350 personnes. L'usine est électrifiée en 1929 et après la seconde guerre mondiale, un tissage est construit pour le tissu d'ameublement. En 1952, la marque "Toiles de Mayenne" est déposée et un service de confection sur mesure voit le jour.

A l'aube du XXIème siècle, l'entreprise présente encore une intégration complète de savoirs-faire. Cette variété de métiers du textile concentrés en un lieu est unique en France. Ourdissage, encantrage, bobinage, dévidage, encollage, rentrage, sanforisage, dérompage sont autant d'exemples d'étapes nécessaires pour la transformation de bobines de fil en un tissu solide et adapté à la décoration.

Puis l'atelier de confection (50 personnes), où s'affairent couturières, coupeuses, repasseuses, finisseuses, réalise toute commande sur mesure de rideau, store, jeté de lit, coussin...

 Ourdissage, préparation de la chaîne du tissu
Ourdissage, préparation de la chaîne du tissu
Visite de l'usine

Tissu Topique raconte deux siècles d'histoire
Tissu Topique, paru chez Gallimard à l'occasion du bicentenaire de Toiles de Mayenne

Les trois jeunes directeurs actuels, petits-fils de Jean, représentent la septième génération. Fidèles à l'esprit du lieu ils entendent garder à l'entreprise une échelle humaine tout en développant leurs marchés extérieurs.

A la suite des quatre dirigeants de la génération précédente, ils développent petit à petit le réseau de magasins "Toiles de Mayenne", au rythme que permet l'indépendance économique.

Les plus récents, tels que celui d'Aix en Provence, sont autant de vitrines d'un savoir-faire confirmé.


Ils gardent ainsi le souci de pérenniser un produit de qualité, à l'image de l'harmonie préservée des lieux qui l'ont vu naître.


Ancien cellier des moines


En 2008, Toiles de Mayenne a été labellisée "Entreprise du Patrimoine Vivant".


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